C’est un sujet qui revient dans le cadre de la course à la présidence de 2017. Faut-il délivrer le nombre exact de médicament dont le patient a besoin ? Très médiatisée et jouissant d’une belle cote auprès du grand public, cette idée a donnée naissance à une expérimentation dans une centaine de pharmacies et sur certains médicaments, encadrée par les Agences Régionales de Santé (ARS) et l’Ordre des pharmaciens. Voici quelques pistes sur les premiers résultats.

 

Pourquoi une dispensation à l’unité ?

Les chiffres impressionnants des médicaments non utilisés – 1.5 kg par personne et par an soit environ 1 médicament sur 2 – font penser à un gaspillage. Mais c’est une raison plus importante qui a poussé les pharmaciens à se poser la question.

En effet, l’antibiorésistance est de plus en plus préoccupante en France. Elle est la conséquence d’une consommation inadaptée d’antibiotiques : mal prescrit et/ou mal pris par le patient, entrainant une perte d’efficacité et donc de chance de soin pour certains. En effet, pourquoi faire des boites de 10 comprimés lorsque le médecin n’en a prescrit que 8 ? Les emballages industrialisés sont conçus pour répondre aux indications officielles de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du médicament. Il arrive parfois que des adaptations soient effectuées par le médecin en fonction de votre état physiologique. Il y a aussi le fait que lorsque cela va mieux, on oublie facilement le traitement…Les bactéries développent alors des défenses pour se protéger des agressions de l’antibiotique.

Les pharmaciens et les agences de santé ont donc souhaité une expérimentation afin de mesurer le besoin, évaluer le bénéfice et le coût de ces pratiques.

 

Résultats de l’expérimentation des antibiotiques à l’unité au bout d’un an

Lancée fin 2014, l’expérimentation va durer 3 ans sur 14 antibiotiques bien définis, les plus critiques. Les premières avancées montrent effectivement des boitages inadaptés dans 60% des cas, entrainant une délivrance à l’unité. Plus de 80 % des patients se sont montrés favorables à cette pratique. Et surtout, il y a eu 2 fois moins d’inobservants, c’est-à-dire de patients qui n’ont pas pris leur traitement correctement et jusqu’à la fin. La dispensation a été accompagnée d’explication concernant la remise des médicaments à l’unité et de ce fait, peu ont déclarés être favorables à l’utilisation d’antibiotiques en automédication versus le groupe témoin…

Mais certains aspects restent négatifs. La traçabilité du médicament, aujourd’hui inégalée, s’en trouve affectée. Le nombre d’erreur liée à la découpe artisanale risque également d’être augmentée. La notion d’économie est également toute relative. On estime à 1 € /jour/ patient le surcoût de cette méthode ! Auquel viendrait se rajouter bien sûr le prix du médicament… Quand on sait qu’une boite d’antibiotiques coûte entre 2 et 10 € en moyenne… Les économies ne sont pas forcément au rendez-vous.

 

Au cœur du débat politique, les professionnels de santé sont mitigés

Puisqu’elle a bonne presse, la délivrance à l’unité permet aux candidats à la présidence de valoriser leur programme santé. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont repris ces idées sans même se préoccuper de la faisabilité technique et financière et sans connaître le fonctionnement de la chaîne du médicament en France. En effet, la quantité dans chaque boite est déterminée par la Haute Autorité de Santé (HAS), et il correspond donc à une posologie donnée, à laquelle le médecin prescripteur doit se référer. L’économie n’est pas financière mais elle est plutôt sur l’amélioration des soins avec une rémission plutôt que des récidives d’infections. Les politiciens doivent revoir leur copie et surtout laisser finir cette expérimentation qui livrera ses conclusions définitives plus tard !

Devant tant de médiatisation d’idée sans fondements, les professionnels du médicament réagissent. Le LEEM (les entreprises du médicaments, ndlr) pensent à des propos « sans aucun sens », les pharmaciens sont mitigés, et un syndicat de médecin s’est déclaré défavorable à cette mesure. Les bonnes idées méritent d’être débattues !

 

La délivrance de médicament à l’unité est une belle expérimentation, engageant de nombreux acteurs de santé, risque de coûter cher et sera difficile à mettre en œuvre efficacement. Mais il y a probablement à la clé l’amélioration de la santé des patients par une diminution de la résistance aux antibiotiques. Cette mesure demande à être finement examinée et ne doit pas être une promesse électorale. Il faudra donc attendre la fin de cette étude pour se positionner sereinement. Mais il est sûr que la délivrance à l’unité ne concernera pas tous les médicaments en raison du coût, de la qualité de l’emballage industriel et du faible apport sur la santé.

Dr Xavier MOSNIER-THOUMAS

L’auteur

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