Les épisodes de fortes chaleurs sont de plus en plus nombreux et de plus en plus intenses en France. Au-delà de l’inconfort qu’elles provoquent, ces vagues de chaleur peuvent avoir un impact sur votre santé, mais aussi sur l’efficacité et la conservation de vos traitements. Certains médicaments peuvent en effet aggraver les effets de la chaleur sur l’organisme, augmenter le risque de réaction cutanée au soleil, ou perdre en efficacité s’ils sont mal conservés.

Nos conseils pour bien prendre vos médicaments cet été

La chaleur peut avoir un impact sur votre santé et sur l’efficacité de vos traitements. Voici quelques précautions simples à adopter pour bien gérer vos médicaments cet été.

  • Ne modifiez jamais votre traitement de votre propre initiative. Si vous suivez un traitement chronique, demandez à votre médecin ou à votre pharmacien si une surveillance particulière ou un ajustement de dosage est nécessaire en cas de forte chaleur. N’arrêtez jamais un traitement sans avis médical.
  • Évitez l’automédication pour les petits maux passagers (rhume, toux, allergie, douleur) sans l’avis d’un professionnel de santé.
  • En cas d’insolation ou de coup de chaleur, ne prenez pas de vous-même du paracétamol (inefficace et potentiellement aggravant pour le foie) ni de l’aspirine ou des anti-inflammatoires (inefficaces et qui augmentent le risque de déshydratation). Demandez conseil à votre pharmacien ou votre médecin.

Soleil et médicaments : le risque de photosensibilité

Certains médicaments, pris par voie orale ou appliqués sur la peau, peuvent provoquer une photosensibilité : une réaction cutanée aux rayons du soleil se traduisant par des rougeurs, démangeaisons ou un coup de soleil avec cloques. Cette réaction peut toucher la zone d’application du médicament ou l’ensemble des zones exposées au soleil, voire, plus rarement, tout le corps sous forme de réaction allergique.

De nombreuses classes thérapeutiques sont concernées : certains traitements de l’acné, de l’inflammation, des infections, des allergies ou de l’excès de cholestérol.

Comment se protéger du soleil ?

  • Consultez systématiquement la notice de votre médicament pour vérifier une éventuelle interaction avec le soleil.
  • Évitez autant que possible l’exposition au soleil pendant le traitement.
  • Si l’exposition ne peut être évitée : appliquez une crème solaire à haute protection, portez des vêtements couvrants et un chapeau.
  • Ces précautions doivent être maintenues pendant et après le traitement, sur une durée à définir avec votre pharmacien selon le délai d’élimination du médicament.

Bien conserver et transporter vos médicaments par forte chaleur

La chaleur peut altérer la qualité de vos médicaments. Vérifiez toujours la notice ou la boîte pour connaître les conditions de conservation recommandées.

  • Médicaments à conserver en dessous de 25 °C ou 30 °C : conservez-les dans leur boîte d’origine, à l’abri du soleil, si besoin dans la pièce la plus fraîche du domicile, hors de portée des enfants.
  • Médicaments à conserver entre +2 °C et +8 °C : gardez-les impérativement au réfrigérateur et utilisez-les rapidement après sortie du frigo.

Pour le transport :

  • Placez les médicaments réfrigérés dans un emballage isotherme avec blocs réfrigérants, sans les congeler.
  • Placez tous les autres médicaments dans un sac isotherme.
  • N’exposez jamais vos médicaments longtemps à de fortes températures, même dans un emballage isotherme, et ne les laissez jamais dans l’habitacle ou le coffre d’une voiture en plein soleil.

Votre pharmacien reste votre premier interlocuteur pour adapter votre traitement en toute sécurité pendant l’été. N’hésitez pas à venir en pharmacie ou à nous contacter pour toute question sur vos médicaments en période de forte chaleur.

Comment la chaleur agit sur votre corps

Lorsque les températures grimpent, votre organisme met en œuvre plusieurs mécanismes pour maintenir sa température interne autour de 37 °C :

  • les vaisseaux sanguins de la peau se dilatent,
  • la transpiration augmente,
  • la sensation de soif s’intensifie.

Chez les personnes surexposées ou vulnérables, ce système de thermorégulation peut toutefois être débordé, entraînant fatigue, déshydratation et hausse de la température corporelle.

Deux types de malaises liés à la chaleur peuvent survenir :

  • L’épuisement dû à la chaleur (insolation) : maux de tête, fièvre entre 38 et 40 °C, faiblesse, vertiges, nausées, palpitations, chute de tension, voire évanouissement.
  • Le coup de chaleur : température corporelle au-delà de 40 °C, peau rouge et sèche, chute de tension, troubles neurologiques (délire, hallucinations, convulsions, coma). Il s’agit d’une urgence vitale nécessitant une prise en charge médicale immédiate.

Bon à savoir : ces effets apparaissent dès que les températures augmentent, pas uniquement lors d’un épisode de canicule extrême.

En cas de malaise ou de signes de coup de chaleur, appelez le 15 sans délai. En attendant les secours, mettez la personne au frais, faites-la boire et humidifiez sa peau.

Médicaments et fortes chaleurs : quels sont les risques ?

Vous l’aurez compris, la chaleur sollicite fortement l’organisme. Pour les personnes suivant un traitement, certains médicaments peuvent accentuer ces effets, notamment en perturbant :

L’hydratation et l’équilibre des sels minéraux

Les diurétiques, certains laxatifs, certains antiépileptiques (topiramate, zonisamide) et certains traitements du glaucome (acétazolamide) peuvent favoriser la déshydratation.

Le fonctionnement des reins

Tous les anti-inflammatoires (AINS, aspirine à forte dose, coxibs), certains antihypertenseurs (IEC, sartans), certains antidiabétiques (gliptines, agonistes du GLP-1) ainsi que certains antibiotiques et immunosuppresseurs peuvent perturber la fonction rénale, déjà fragilisée par la chaleur.

La régulation de la température corporelle

  • Au niveau central : certains neuroleptiques, antidépresseurs, sels de lithium, antimigraineux (triptans) et médicaments opioïdes (tramadol, oxycodone).
  • Au niveau périphérique : les médicaments anticholinergiques (certains antihistaminiques, antidépresseurs, antispasmodiques), les vasoconstricteurs (traitements de la congestion nasale) et certains antihypertenseurs (bêta-bloquants).

La vigilance et la capacité à réagir

Somnifères, anxiolytiques et médicaments sédatifs peuvent diminuer la vigilance, avec le risque d’oublier de s’hydrater suffisamment.

D’autres traitements peuvent également faire baisser la tension artérielle (tous les antihypertenseurs, les anti-angineux) ou provoquer une hyperthermie (neuroleptiques, arrêt brutal d’un traitement dopaminergique, syndrome sérotoninergique, hormones thyroïdiennes mal équilibrées).

Attention aux patchs médicamenteux : leur efficacité peut être modifiée par la transpiration ou la dilatation des vaisseaux sanguins liée à la chaleur.
 

Source : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Dr Xavier MOSNIER-THOUMAS

L’auteur

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