La grossesse est une période de grande vigilance, notamment concernant la prise de médicaments. Si certains traitements sont indispensables à la santé de la mère et ne peuvent être interrompus, la plupart des médicaments, y compris ceux délivrés sans ordonnance, peuvent présenter des risques sérieux pour le fœtus. Voici ce que toute femme enceinte doit savoir.
Pourquoi les médicaments sont-ils dangereux pendant la grossesse ?
Au cours de la grossesse, tout ce que la mère ingère peut traverser le placenta et atteindre le bébé en développement. L’organisme fœtal est immature et ne dispose pas des mêmes capacités d’élimination que celui d’un adulte. Les risques dépendent du médicament en cause, de la dose et surtout du stade de la grossesse.
Les effets tératogènes : un danger maximal au 1er trimestre
On parle d’effet tératogène lorsqu’un médicament est susceptible de provoquer des malformations chez l’embryon ou le fœtus. Dans la population générale, la fréquence des malformations congénitales majeures est déjà de l’ordre de 2 à 3 %. Certains médicaments peuvent augmenter significativement ce risque, notamment au cours du premier trimestre, période de formation des organes.
Parmi les médicaments formellement contre-indiqués en raison de leur potentiel tératogène :
- l’acide valproïque (antiépileptique)
- l’isotrétinoïne (contre l’acné sévère)
- l’acithrétine (contre le psoriasis)
- la thalidomide (anticancéreux)
Ces substances sont soumises à des programmes de prévention stricts et ne doivent jamais être prises sans un suivi médical rigoureux.
Les effets fœtotoxiques : un danger tout au long de la grossesse
Certains médicaments n’entraînent pas de malformation mais peuvent altérer la croissance ou le fonctionnement des organes du fœtus, même après le premier trimestre :
- Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes de l’angiotensine 2 (hypotenseurs) sont contre-indiqués dès le début du troisième mois.
- Certains antidépresseurs pris en fin de grossesse peuvent provoquer des signes de sevrage chez le nouveau-né.
- Les somnifères et tranquillisants (benzodiazépines) peuvent avoir des effets dépresseurs sur le nouveau-né juste avant et après l’accouchement.
Les anti-inflammatoires (AINS) : une interdiction absolue à partir du 6e mois
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, aspirine ≥ 500 mg/j, kétoprofène…) sont contre-indiqués de manière absolue dès le début du 6e mois de grossesse (24 semaines d’aménorrhée). Avant ce stade, ils ne doivent être prescrits qu’en cas de nécessité absolue et sur une très courte durée.
Quelle que soit la forme utilisée — comprimés, gels, pommades ou suppositoires — ces médicaments restent dangereux car ils passent dans le sang. Même une seule prise peut avoir des conséquences graves, voire mortelles, sur le cœur et les reins du fœtus.
En cas de douleur ou de fièvre, consultez votre médecin ou votre pharmacien pour une alternative sécurisée.
Les médicaments « naturels » ne sont pas sans risque
Une idée reçue très répandue consiste à penser que les produits « naturels » sont automatiquement sans danger pendant la grossesse. C’est faux.
- La phytothérapie (plantes médicinales) : certaines plantes sont formellement contre-indiquées (sauge, romarin, basilic en grandes doses, réglisse…).
- L’aromathérapie (huiles essentielles) : la plupart des huiles essentielles sont déconseillées pendant la grossesse, en particulier au 1er trimestre.
- Les compléments alimentaires : ils peuvent contenir des oligo-éléments ou des vitamines en concentrations problématiques.
- L’homéopathie : si elle est généralement bien tolérée, demandez toujours conseil à votre pharmacien.
Dans tous les cas, aucun produit ne doit être pris sans avis d’un professionnel de santé.
Que faire si vous avez besoin de vous soigner ?
Il arrive que certaines maladies chroniques ou affections aiguës nécessitent un traitement médicamenteux pendant la grossesse. Dans ce cas, il ne faut surtout pas arrêter brutalement un traitement en cours sans en parler à son médecin. L’évaluation du rapport bénéfice/risque est essentielle et relève d’un professionnel de santé.
En cas de douleur ou fièvre
Le paracétamol est le seul antalgique et antipyrétique considéré comme pouvant être utilisé avec précaution pendant la grossesse, à la dose minimale efficace et pour la durée la plus courte possible. Mais même pour le paracétamol, il est préférable de consulter un professionnel de santé avant la prise.
En cas de maladie chronique
Asthme, diabète, épilepsie, hypertension, maladie psychiatrique… Si vous êtes traitée pour une pathologie chronique, un bilan doit être réalisé idéalement dès le projet de grossesse afin d’adapter le traitement à l’avance. Certains médicaments devront être remplacés ou ajustés pour réduire les risques.
Les pictogrammes sur les boîtes
Pour vous aider à identifier les médicaments contre-indiqués, des pictogrammes sont apposés sur les emballages. Un pictogramme femme enceinte biffée indique une contre-indication ou une restriction d’usage. Ces pictogrammes doivent systématiquement vous alerter et vous inciter à demander conseil à votre professionnel de santé.
L’automédication : un risque sous-estimé
Beaucoup de femmes enceintes continuent de pratiquer l’automédication par habitude, par manque d’information, ou parce qu’elles considèrent que des médicaments vendus sans ordonnance sont sans danger. Or, l’absence d’ordonnance ne signifie pas absence de risque, surtout pendant la grossesse.
Les erreurs les plus fréquentes :
- Prendre de l’ibuprofène ou de l’aspirine pour soulager une douleur ou baisser la fièvre.
- Utiliser un spray ou un gel anti-inflammatoire local sans réaliser que la substance passe dans le sang.
- Recourir à d’anciens médicaments présents dans la pharmacie familiale, prescrits avant la grossesse.
- Prendre des infusions ou des huiles essentielles en croyant qu’elles sont inoffensives.
La règle d’or : pendant la grossesse, toute prise médicamenteuse, même ponctuelle, doit faire l’objet d’un avis médical ou pharmaceutique.
L’entretien femme enceinte en pharmacie : un accompagnement dédié
Depuis 2022, la convention pharmaceutique permet aux pharmaciens de réaliser des entretiens dédiés aux femmes enceintes. Cet acte est pris en charge par l’Assurance Maladie (5 €) et peut être réalisé à n’importe quel stade de la grossesse.
Il s’agit d’un entretien individuel et confidentiel réalisé par votre pharmacien ou un préparateur(trice) formé(e), d’une durée d’environ 30 minutes. Il est distinct d’une simple délivrance de médicaments et vise à accompagner la femme enceinte de manière globale et personnalisée.
Le suivi de la prise médicamenteuse
Au cours de cet entretien, votre pharmacien passe en revue l’ensemble des médicaments que vous prenez ou avez pris récemment, qu’ils soient prescrits ou achetés en automédication :
- Identification de tout traitement en cours (ordonnance, médicament OTC, complément alimentaire, phytothérapie, homéopathie).
- Vérification de l’absence de médicaments contre-indiqués ou déconseillés pendant la grossesse.
- Prévention des arrêts intempestifs de traitements chroniques, qui peuvent être aussi dangereux que leur poursuite sans adaptation.
- Information sur le rapport bénéfice/risque de chaque traitement vis-à-vis du fœtus.
- Orientation vers le médecin traitant, la sage-femme ou un spécialiste si nécessaire.
La sensibilisation aux enjeux de l’automédication
L’entretien est aussi un moment privilégié pour sensibiliser la femme enceinte aux risques spécifiques de l’automédication. Le pharmacien aborde notamment :
- Les risques des AINS (dont l’ibuprofène et l’aspirine), fréquemment utilisés sans ordonnance et pourtant formellement contre-indiqués à partir du 6e mois.
- Les risques liés aux « médicaments naturels » : huiles essentielles, plantes, suppléments vitaminiques en dose élevée.
- L’importance de toujours signaler la grossesse à tout professionnel de santé consulté (dentiste, radiologue, kinésithérapeute…).
- Les risques associés à d’autres substances : tabac, alcool (zéro alcool pendant la grossesse), cannabis.
- La prise en charge non médicamenteuse de certains inconforts courants de la grossesse (nausées, constipation, brûlures d’estomac, douleurs…) grâce à des mesures hygiéno-diététiques.
Ce que vous recevez à l’issue de l’entretien
Au terme de l’entretien, votre pharmacien vous remet :
- Le flyer « Médicaments et grossesse : les bons réflexes » réalisé par l’ANSM.
- Un mail récapitulatif envoyé via votre messagerie sécurisée (Mon espace santé) avec des liens vers les ressources officielles.
- Une synthèse personnalisée de l’échange.
- Un guide personnalisé « Mon guide de la maternité »
N’hésitez pas à demander un entretien femme enceinte à votre pharmacie, dès l’annonce de votre grossesse.
Conseils pratiques pour bien gérer les médicaments pendant la grossesse
- Signalez immédiatement votre grossesse à votre médecin traitant, votre sage-femme et votre pharmacien.
- N’arrêtez jamais seule un traitement chronique sans en parler à votre médecin.
- Lisez attentivement les notices de tous vos médicaments : elles comportent une rubrique grossesse et allaitement.
- Consultez le site du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes) pour vérifier la sécurité d’un médicament.
- En cas de doute, votre pharmacien reste disponible pour vous répondre rapidement et vous orienter.
A écouter: un podcast en 10 épisodes de l’Assurance maladie pour accompagner les futurs parents
Site gouvernemental sur les 1000 premiers jours de bébé
Sources : ameli.fr – ANSM – CRAT – Convention pharmaceutique 2022 – Ordre national des pharmaciens
Dr Xavier MOSNIER-THOUMAS
